J’ai été en classe prépa (PCSI)

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J’ai passé un an en classe prépa

Vous le savez peut-être si vous suivez mon blog depuis le tout début, mais il se trouve qu’après le lycée, j’ai fait une classe prépa. Plus précisément une CPGE PCSI, une Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles : Physique, Chimie et Sciences de l’Ingénieur. Oui, rien que ça. Et si vous voulez encore des lettres sans le moindre sens (sauf pour les initiés), je peux même ajouter que j’étais en HX1.

Ça n’a duré qu’un an. Une petite année. Neuf petits mois. Ensuite, j’ai changé d’orientation.

Quand j’étais en prépa, on me disait que j’étais l’élite de la nation. C’était vrai et faux à la fois. Faire partie de l’élite de la France, en soit, c’était cool. Vous n’imaginez pas ma fierté lorsque j’ai vu sur le site Admission Post-Bac que j’étais accepté dans LE lycée. Le premier lycée public de France dans ma filière à l’époque, en terme de résultats aux concours (je précise public, car apprenez que des privés comme Ginette squatte toujours la première place). C’était la classe, j’étais sur mon petit nuage.

Sauf que voilà, tout ne s’est pas passé comme prévu. En en même temps, c’était tellement prévisible. Ça a été l’horreur… et en même temps un moment merveilleux. Même des années après, j’ai du mal à qualifier mon expérience en classé prépa.

Bien évidemment, je me base exclusivement sur mon expérience personnelle et celles de mes amis. N’allez pas faire des généralités là où je n’en fais pas. Merci d’avance.

classe prépa

Pourquoi j’ai adoré la classe prépa

J’y étais à ma place, c’est aussi simple que ça. J’avais passé ma vie entière à être un extraterrestre, au fil des ans c’était devenu de pire en pire. Je m’ennuyais de plus en plus en cours, j’avais du mal à comprendre mes camarades de classe et encore plus à communiquer avec eux. Etais-je une petite conne prétentieuse ? Peut-être. Mais on n’était pas tendre avec moi. C’est difficile d’être soi-même et de s’assumer à l’adolescence. Je ne savais même pas encore qui j’étais à cette époque, c’est pour dire.

En prépa, j’ai trouvé un cocon réconfortant dans lequel me rouler en boule. J’ai rencontré des personnes qui me ressemblaient, d’autres qui étaient très différentes de moi. On était tous dans le même bateau, dans la même galère. On n’était pas monté les uns contre les autres, au contraire. Le mot d’ordre était plus de réussir ensemble.

J’ai découvert des choses incroyables, en maths, en physique et en chimie . Oui, j’aimais ça. J’ai toujours aimé les sciences. Je buvais les paroles de mes professeurs, les yeux émerveillés. Pour la première fois de ma vie, j’avais l’impression qu’on ne prenait pas les élèves pour des imbéciles. Mes professeurs étaient absolument incroyables, je me rappellerais d’eux toute ma vie. Ils ont été présents quand il le fallait, ils ont même su m’écouter quand j’en avais besoin. Oui, j’ai été manger des sushis avec mon prof de maths. Et c’était cool.

Mine de rien, j’ai aussi adoré monter à Paris. Sans la prépa, je n’aurais certainement pas été jusqu’à la capitale. Et mine de rien, c’est maintenant une grande partie de moi. Paris. Les personnes que j’ai rencontrées à Paris. Tout ce que cette ville représente. Je m’y suis fait des amis, j’ai pu m’y épanouir et découvrir qui j’étais. Je ne saurais jamais qui je serais devenue si j’étais partie ailleurs. Mais je pense que j’avais vraiment besoin de cette cassure, de ces moments seule, même s’ils ont été parfois atroces.

J’ai été forcée de grandir. Moi qui avais toujours eu la tête dans les étoiles, moi qui n’arrivais pas à me projeter dans l’avenir. Grandir, ça me faisait tellement peur, vous ne pouvez pas imaginer à quel point. J’avais besoin qu’on me force la main.

Pourquoi ça a été l’enfer…

Etais-je trop jeune ? Sans doute. N’étais-je pas assez préparée à ce qui m’attendait ? C’est certain. La prépa n’était-elle simplement pas faite pour moi ? Je ne le saurais jamais.

Ce qui est sur, c’est que pendant ma prépa, j’ai craqué. Complètement craqué. Ce n’était pas tellement la masse de travail, ni la complexité de ce qui m’était demandé, ni même la pression des profs. C’est seulement moi qui n’ai pas su gérer. Je n’ai pas su réagir et je me suis laissée sombrer.

J’avais tellement de problèmes que je n’avais pas réglés avec moi-même, des choses que j’avais enfouies dans ma tête en espérant les oublier. Evidemment, tout est ressorti pendant cette année où j’étais la plus fragile. Je n’avais que 17 ans, j’avais quitté la maison familiale pour aller dans une ville que je ne connais pas, je me sentais seule, mon copain de l’époque s’était trouvé une autre copine en oubliant de m’en informer.

J’ai accepté de ne pas être hétéro. Ce qui voulait dire 1 chance sur 2 de ne pas avoir le droit de me marier et d’élever des enfants (à l’époque). Et il y avait cette homophobie et cette biphobie qui m’agressaient continuellement. Qui émanaient en grande partie de moi-même.

C’était peut-être un mauvais timing.

Mais j’ai réalisé que je ne voulais pas être ingénieur. Non, je ne me voyais pas dans ce rôle. Je ne voyais pas non plus l’intérêt de tout ce qu’on me forçait à apprendre. C’était presque une formation trop généraliste, j’aurais sans doute été mieux en fac de chimie.

J’avais toutes les clés en main, mais je crois que je n’ai pas voulu réussir.

Ça a été l’enfer, je ne le cache pas. J’ai versé plus de larmes en prépa que durant toute ma vie. Je ne savais pas comment m’en sortir, je ne voyais pas d’issue, pas de moyen de m’en sortir.

Sauf la fuite.

Ce que j’ai appris grâce à la prépa

En premier lieu : la modestie.  Mine de rien, ça me manquait. Quand on a été la meilleure pendant des années, on a besoin de se prendre quelques parpaings sur le coin de  la gueule pour nous remettre les idées en place. Et à force, on finit par construire une maison comme disait un de mes camarades de classe. Apprendre à faire profil bas et à rester humble, ce n’est pas donné à tout monde. Parce que même si on nous appelait « les futurs élites de la France » , nos professeurs étaient là pour nous remettre les idées en place. Le Polytechnicien moyen, il est complètement con ! C’est pas le fait d’aller à Palaiseau qui l’a amélioré !

J’aimerais dire que j’ai appris le travail et sa valeur, mais ce serait faux. Disons que je n’ai pas été assez loin pour ça. C’est vrai pour mes anciens camarades de classe.

J’ai appris à accepter l’aide des autres, voire même à la demander. Alors qu’avant, je pensais que j’étais seule au monde et que je devrais toujours me débrouiller sans l’aide de personne. 

J’ai appris que les maths, c’était de la poésie. Même si je n’étais pas toujours capable de le comprendre. J’ai appris tellement de trucs en prépa, même si je ne suis plus capable de comprendre une équa diff maintenant… disons qu’il y a une époque où j’ai su. Et mine de rien, ça me rend fière. Un peu triste aussi, parce que ces connaissances m’ont échappées depuis le temps. Même si en soi… ça ne servait pas à grand chose. Et que j’étais incapable d’utiliser tout ça correctement.

J’ai appris à parler, à aller vers les autres, à comprendre les gens. Bref, des tas de choses qui sont sans rapport avec les maths, la physique et la chimie. Mais des choses importantes.

Mes conseils pour toi, petit élève de terminale qui hésite encore

La prépa, c’est génial. Je ne peux pas dire le contraire, quand bien même j’ai passé une année extrêmement difficile. Il ne faut pas avoir peur de la prépa, mais il faut y être préparé. Et surtout être suffisamment accroché pour supporter la pression – non pas celle qu’on va t’imposer – mais celle que tu t’imposeras toi-même. Il faut aussi savoir ce qu’on veut, sinon ça ne sert à rien. Le travail est trop important et trop dur pour être fait sans objectif. Il faut de la motivation, sinon tu fonces droit dans le mur. Viser haut sans ambition, c’est la catastrophe assurée.

Enfin il faut, et c’est le plus important, ne pas rester seul. Et être suffisamment humble pour appeler à l’aide quand c’est nécessaire. Je ne pense pas qu’on puisse réussir seul en prépa, sauf cas exceptionnel, et ce n’est même pas l’intérêt. C’est en étant porté par le groupe qu’on arrive à se dépasser. En tout cas, il faut avoir conscience de ses faiblesses et travailler sur soi.

Et bien sûr, il faut aimer travailler… sinon c’est la gamelle assurée !

Et vous ?

Avez-vous fait une classe prépa ? Comme ça s’est passé ? Vous voulez me raconter ? Si vous voulez me poser des questions sur la prépa ou mon parcours, n’hésitez surtout pas, je serais ravie de vous répondre ! J’ai vraiment beaucoup de choses à dire sur le sujet, beaucoup d’anciens prépas dans mon entourage à qui demander des informations. Bref, lâchez-vous dans les commentaires, j’y répondrais consciencieusement !

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8 commentaires sur “J’ai été en classe prépa (PCSI)

  1. aureliejustagirl on 4 décembre 2014 at 22 h 51 min said:

    Super intéressant ton parcours! Je n’avais pas réalisé à quel point ça avait pu être compliqué pour toi avant d’arriver là où tu en es maintenant.
    J’ai toujours été admirative des gens qui se lancent dans une prépa… Bosser pour bosser, j’en aurais été incapable, j’ai besoin d’un vrai but précis et concret pour me mettre au boulot, quand c’est trop abstrait ça ne me motive pas assez.
    Après, comme tu le dis, c’est certainement une question de timing, si tu avais vécu cette expérience ne serait-ce qu’un ou 2 ans plus tard ça aurait certainement été très différent (et tu ne serais peut-être pas en master CMW aujourd’hui ;-)
    Et ce qui est super positif c’est que tu arrives à analyser ce que tu as vécu et à en tirer un bilan intéressant sans rester sur cet « échec », tu as bien raison!

  2. La prépa parait tellement impressionnante, elle souvent signe de performance. J’ai souvent vu des reportage et témoignage dessus et ça me paraissait assez ‘vague’ comme formation. Que font les anciens élèves de ta prépa aujourd’hui ? Ont-ils atteint l’objectif qu’ils s’étaient fixés à leur entrée ? Et surtout sont-ils devenus l’élite de la France ^^ ?

  3. LaLouisaBlack on 5 décembre 2014 at 12 h 16 min said:

    Je me reconnais vachement dans cet article, même si nos finalités ont été différentes, parce que j’ai réussi à tenir les deux ans et à intégrer une école.
    Tout l’aspect sur l’extraterrestre, le cocon, les amis, j’ai vraiment vécu ma prépa comme ça. Je me sentais en décalage avec les gens qui m’entouraient, surtout avec les problèmes de santé de ma mère qui m’avaient fait mûrir trop vite. J’étais, avec ma soeur, l’intello du groupe, et ça me pesait énormément. Je n’avais pas la grosse tête, parce que j’étais persuadée que c’était juste parce que j’étais dans une petite ville de province, et qu’il y avait mille fois plus fort que moi. C’est le cas, effectivement, mais arrivée en prépa, j’ai découvert que je n’étais pas si mauvaise que ça, que j’avais le droit d’être fière de mes capacités, que je n’étais pas la meilleure et que je pouvais être fière de moi et humble. J’avais toujours été persuadée que c’était incompatible, alors qu’en fait non.

    Pour les aspects négatifs, je n’ai pas vécu la même chose que toi mais ça n’a pas pour autant été facile. J’ai versé un nombre de larmes considérable, j’ai douté énormément, j’ai eu peur (rumeurs sur la fermeture de ma prépa qd le directeur a été viré !), j’avais envie de redevenir une gamine et de retourner chez mes parents (surtout juste après les vacances de Noël. J’ai pleuré dans le train de retour x)). Pour le coup, je n’étais pas à Paris, mais dans une ville encore plus paumée, alors dur par moment de sortir de l’univers de la prépa pour se détendre. Heureusement que j’avais une pote d’HPF à 5 minutes de chez moi !

    Pour ce qui est de ce que j’en ai appris… C’est tout à fait ça, accepter d’avoir besoin d’aide et des autres. Je sais parfaitement que je n’aurais jamais réussi mes concours sans ma coloc, avec qui j’ai bossé toute ma deuxième année.

    Je pense que tu as le droit d’être fière d’avoir fait ces neuf mois, quoi que tu en dises sur le travail non accompli, tout ça. Tenir déjà neuf mois, c’est quelque chose dont tu peux être fière. Nombreux sont ceux qui arrêtent au bout de quelques semaines. Tu as réussi à dépasser cet « échec » (entre guillemets car c’est pas comme ça que tu dois le prendre, tout le monde ne peut pas être adapté à la prépa, c’est tout.), à rebondir et à finalement trouver ta voie. Et ça, c’est vraiment cool.

  4. J’ai fait Hypokhâgne et Khâgne, dans ma ville de province. Je n’étais pas dans l’esprit bosser-bosser-bosser pour réussir le concours de Normale Sup’, c’était juste un cadre plus adapté à moi (encore jeune avec mon année d’avance) que la fac. J’ai passé mes deux années correctement, appris plein de choses, et même que j’avais été autorisée à refaire une Khâgne pour tenter à nouveau Normal Sup’ !

  5. Bonjour Cordelia, figure-toi que j’ai également fait une prépa, en biologie (mon autre passion, avec la littérature). J’ai aimé pour les mêmes raisons que toi (mes années collège et lycée furent un enfer de non socialisation) car j’ai rencontré des gens qui me comprenaient et que je comprenais. Je n’ai pas craqué, j’ai fait mes 3 ans, avec des moments très durs, mais je les ai fait. Et maintenant, je suis ingénieur en horticulture. Oui, ça ne s’invente pas ! J’ai appris à bosser, à m’organiser, l’entraide… Je ne regrette rien. Je pense que tout ça m’a apporté assez pour avoir le courage, il y a 4 ans d’envoyer valser ma vie de cadre et construire mon métier (sans aucun rapport avec celui d’ingénieur) et ma vie à moi. J’ai aussi beaucoup appris sur plein de sujets scientifiques qui permet de garder une curiosité, de toujours poser et se poser des questions sur tout. Et c’est une matière d’inspiration pour mes bouquins aussi. Bref. Je suis ingénieur ;)

  6. Très intéressant, ton parcours. Je pense qu’on doit avoir la même particularité, puisque je me reconnais dans ton parcours (du moins, jusqu’au bac) : un an d’avance, finger in the nose pour tout (enfin, sauf le sport, avec un an d’avance, ça n’aidait pas) à l’école et tout spécialement en math, décalage évident avec les autres élèves et rappel incessant de cet horrible mot de « décalé » que j’ai appris à haïr au moins autant que le nombre de fois où on me l’a sorti (j’ai appris depuis qu’en fait, je suis censée être « surdouée » ou « précoce », comme on le dit maintenant, et que c’est héréditaire : mon aîné a été identifié ainsi et il est quasi sûr que c’est le cas pour mes deux autres enfants aussi ; tu le savais ?). Sauf que, pour ma part, je n’aimais à ce point pas l’école que j’ai failli ne faire aucunes études supérieures après de bac et que j’ai finalement fait quand même quelques années bonus mais en alternance avec un apprentissage pratique d’un métier, bref rien de bien folichon.
    Du coup, ton témoignage me rend jalouse : je pense que j’aurais adoré me retrouver dans un environnement dans lequel se sentir à sa place, ainsi, même si je sais que je n’aurais eu la force de travail nécessaire pour y réussir.
    Enfin bon, tout ça pour dire que témoignage très intéressant que j’ai apprécié lire. Merci. :)

  7. Merci pour ces quelques mots. J’ai l’impression de me reconnaître et dans ton article je puise la force d’aborder ces deux dernières semaines de prépa avant de tirer un trait définitif sur cette année enrichissante mais qui m’a complètement bouffée.
    Une future ex-hypokhagneuse d’une (très) bonne prépa qui ne ressort pas indemne de cette année et qui est très heureuse de rejoindre des septembre les bancs de la faculté.

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