Je rêvais d’un autre monde

manif pour tous

Je rêvais d’un autre monde. Où la Terre serait ronde. Où la Lune serait blonde. Et la vie serait féconde. — Téléphone

Cette chanson me colle à la peau depuis quelques temps. Quelques mois. Quelques années. Il y a tellement de choses que je ne supporte plus dans ce monde. Trop d’injustices, trop de haine, trop de violence. Alors je me surprends à rêver d’un autre monde . Un monde où on pourrait être une femme, un homme, cisgenre ou trans, ou autre. Hétéro, homo, bi, pan ou asexuel. Noir, blanc, rouge ou jaune. Pratiquant, croyant ou athée. Valide ou handicapé. Tout ça à la fois, sans que cela pose problème.

On est si loin du compte que cela me fait mal. L’être humain est capable du pire comme du meilleur. J’ai tendance à voir surtout le pire. Il faut dire qu’il me saute à la gorge dès que j’ouvre le journal, que j’allume la télé ou la radio.

Aujourd’hui, on voit le retour de la Manif Pour Tous. Aujourd’hui, il y a des gens qui se rassemblent pour se battre contre les droits d’autres personnes. Le mariage de personnes de même sexe, il est passé l’année dernière. Pourtant, aujourd’hui encore, des gens descendent dans la rue pour protester. Que veulent-ils ? Je ne les comprends pas. Ces gens pourraient se battre contre quelque chose de réellement néfaste. Ils pourraient protester contre la guerre, œuvrer pour l’humanité en soutenant les actions contre la faim dans le monde, les violences faites aux femmes, le travail des enfants, la marchandisation du corps humain.

Mais non. Au lieu de ça, ils hurlent que des personnes comme eux, ayant deux bras et deux jambes, ne puissent pas obtenir les mêmes droits qu’eux. Au nom de quoi ? De la famille. Et leur famille à eux ? Ils y pensent ? Les homo et les bi, c’est 10% de la population, peu importe le pays et l’époque. Leurs enfants sont peut-être homos. Ces personnes en rose et bleu, elles se battent contre les droits de leurs propres enfants , les droits des leurs neveux, de leurs nièces, de leurs petits enfants, de leurs filleuls et des meilleurs amis de leurs propres enfants.

Je rêve d’un monde où ce genre de manifestation n’a pas lieu d’exister . Mieux, où elle n’a pas le droit d’exister !

Je veux pouvoir me marier si je le veux. Avec une femme ou un homme, cis ou non. Je veux pouvoir avoir un enfant ou choisir de ne pas en avoir, si tel est mon désir. Avec ou sans papa. Je veux même avoir le droit de porter l’enfant d’un autre couple, si je fais ce choix en toute connaissance de cause. Je rêve de m’habiller comme je veux, je rêve aimer qui je veux, je rêve de ne plus avoir peur.

Je veux disposer de mon propre corps , et votre avis n’a aucune espèce d’importance.

J’ai rêvé de cet autre monde. Peut-être qu’un jour, j’aurais la chance d’y vivre ? Je peux toujours rêver.

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11 commentaires sur “Je rêvais d’un autre monde

  1. Un monde où on pourrait aimer librement un homme, une femme, noir, blanc, jaune, gris, rouge, …
    Un monde où on n’aurait pas à se sentir coupable d’être ce qu’on est et à s’excuser de choses qui ne sont pas de notre fait…
    Un monde où, pour une fois, on se battrait pour que tout le monde ait les mêmes droit et non pas un monde où on manifeste pour en priver les autres…

    Un monde à rêver et, peut-être, un jour des pierres à poser, et non plus à jeter; pour le rendre réel.

  2. Je suis tout comme toi dépitée de voir qu’après tant de temps, ces gens qui prennent le temps d’en perdre pour lutter contre une mesure qui me paraît à moi normale, alors qu’il y a tant d’autres choses vraiment importantes contre ou pour lesquelles se battre. Pour moi ces personnes ont droit d’avoir leur avis, certes, mais ça va à l’encontre de la liberté. Après tout, le mariage papa maman est loin d’être une réussite et les enfants issus des divorces ne sont à mon avis pas plus heureux que d’autres qui auront la chance de vivre avec deux papas qui ne divorceront pas.
    Je pense qu’on peut rêver avant de voir tout le monde s’unir vers la seule idée de vivre libre…

  3. c’est magnifiquement bien dit bien et écrit bravo
    Et en osmose total avec ton avis !!!
    Première fois que je lis ton blog merci Hellocoton

  4. Un Eldorado où tout va bien dans le meilleur des mondes :)
    J’aime beaucoup ton billet et te rejoins sur plusieurs points.

  5. Tiens. Ce commentaire, ca fait un bout de temps que j’hésite à l’écrire… Tu parles souvent de la discrimination envers les personnes de telle ou telle sexualité ou de telle ou telle variation autour des genres, et c’est effectivement quelque chose qu’il faut faire.
    Cela dit, à mon sens, l’obligation d’entrer dans une catégorie (homme-femme) et d’avoir une sexualité, comment dire, compréhensible (hétéro, à la rigueur homo, à l’extrême limite « bi-modéré » (avec des phases homo et des phases hétéro, quoi) cache quelque chose de plus profond qu’on aborde très peu dans les discussions et débats sur l’identité, les sexes et les genres : l’obligation complètement tacite d’être attiré et de vouloir développer quelque chose autour de cette attirance.
    Prenons deux exemples : un ou une homo/bi/trans/whatever dans un milieu non-tolérant et une/une jeune de 20/25/30 ans n’ayant jamais eu de relation ou n’ayant eu qu’une ou deux brèves histoires vers 13-16 ans dans un milieu tolérant.
    La première histoire est classique : rejet, refoulement, aggressions dans certains cas, tout ca. Ce n’est pas beau à vivre, je n’en disconviens pas un seul instant, soyons clairs sur la question. C’est un drame, ca peut détruire une personne.
    Maintenant, éloignons-nous un instant pour observer l’autre. A un moment de sa vie, ses proches se seront inquiétés. D’une manière plus ou moins subtile, ils lui auront fait comprendre que « tu sais, ce n’est pas un problème si tu aimes les garcons ». Gros sous-entendus de la grand-mère d’abord (« Ah, le collier de perles de ma mère. Il est dans la famille depuis quatre génerations. Je me suis toujours dit que je te le donnerais le jour de ton mariage. ») puis des parents (« J’aimerais bien être grand-père un jour »). Tu me diras que toutes les familles sont comme ca envers leur projéniture, et c’est justement là que se situe le problème.
    Entre vouloir accélérer les choses et vouloir imposer les chose (outre la question de se marier ou pas et d’avoir des enfants ou pas), il y a une différence énorme.
    Bref, le temps passe. Le père s’étonne parfois d’avoir fait un enfant « aussi prude. Ni ta mère ni moi ne sommes comme ca, pourtant. » Voilà, c’est dit, tu es différent. Pire, tu es prude. Prude, c’est connoté. C’est l’adjectif d’un autre temps. Avec ca, tu pourrais aussi bien être rétrograde. Le célibat, c’est pour les veuves du XVIIIème et pour les nonnes. Très catholico-négatif, tout ca.
    Voila les deux situations énoncées. Maintenant, quel discours peuvent tenir ces deux jeunes ? A qui peuvent-ils parler ? Bien sûr, il y a des jeunes homo-bi-etc qui n’arrivent pas à parler, mais ceux qui parlent ont une réponse « facile » (avec beaucoup de guillemets) : j’ai le droit d’aimer, ce n’est pas mon choix ( ou : c’est mon choix et j’ai le droit de l’assumer), je veux pouvoir choisir.
    Mais l’autre ? « J’ai le droit de ne pas aimer » ? A qui va-t-il bien pouvoir dire ca ? Qui ne va pas rire comme à une bonne blague ? Ne pas lui dire « c’est parce que tu n’as pas encore trouvé la bonne » ? Qui va lui répondre « ouais, sûr » avec nonchalance ? S’il essaye de se justifier (« ce n’est pas que j’aime personne, juste que, je ne sais pas, l’attirance, c’est plus esthétique qu’autre chose. »), il va finir par passer pour un pervers qui a honte de ses attirances ou pire, qui les cache.

    Trois solutions pour lui : continuer comme ca (et risquer de devenir un accro au travail pour enfin pouvoir justifier son célibat auprès de la famille (« pas le temps avec mes horaires, tu sais »)), se trouver quelqu’un qui lui soit un peu sympathique et mener une vie comme ca (comme pas mal d’homos refoulés, je suppose) ou finir par tomber effectivement amoureux et toute sa vie se demander si c’est sincère ou s’il n’est pas en train d’inventer qu’il est amoureux pour croire qu’il est heureux en croyant qu’il est comme tout le monde, intégrer et normal pour sa famille – bref, remettre systématiquement en question tout ce qu’il construira. Joyeuse perspective.

    Bref, la grosse différence entre lui et le LGTB, c’est la difficulté à parler. Trouver quelqu’un qui s’en foute de ton orientation, c’est une chose, mais trouver quelqu’un qui ne te demande pas « alors les amours ? » ou une variante quelconque spontanément après ne pas t’avoir vu pendant x temps, c’en est une autre.

    Bref, tout ca n’est pas pour critiquer la facon dont tu abordes la question, bien au contraire, je sais que tu englobes ces cas dans le + de LGTB+ et que tu mentionnes l’assexualité, tout ca (même si j’imagine bien une réponse comme « Moi ? Je ne suis ni homo, ni hétéro ni « a », je suis amical, c’est tout. »), tout ca pour dire plutôt qu’à mes yeux la réponse classique du « j’ai le droit/je veux pouvoir aimer comme je veux » n’est pas la bonne et ne prend pas le problème à la source, ni pour mon exemple ni pour les LGTB. La vraie réponse est celle qui est un peu plus hippie : « Je n’ai pas le devoir d’aimer à votre image. »

    • Le gros commentaire xD
      Je trouve que tu as parfaitement raison. Il y a aussi une pression sociale sur le fait d’être « avec quelqu’un » et ça peut être très malsain. Effectivement je ne l’ai pas explicitement mentionné dans mon article, mais j’y pense. On a le droit d’aimer qui on veut… et ce n’est pas obligatoire. Ta réflexion est vraiment très intéressante, merci pour ton commentaire

      • Ouais, désolée, j’étais d’humeur expansive et communicative ^^’
        Puis j’avoue que c’est le un sujet qui me tient un peu à coeur

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